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Avant l’histoire
que nous voulons vous raconter,
avant l’Histoire
tout court,
en fait,
c’est-à-dire
carrément
en pleine Préhistoire,
ce jour-là,
donc,
une femme
du Néolithique
– une femme qui aurait aujourd’hui
environ 3’000 ans –
se réveille,
tout près d’ici
(là en bas dans le lac,
sous la future plage des Eaux-Vives
en construction,
pour être précise),
elle se réveille,
disais-je,
dans une maison
sur pilotis
dans un village
collé au rivage,
un village
que les archéologues appelleront
3’000 ans plus tard
«station du Plonjon».
Au cours de cette journée,
la femme fabriquera
peut-être
de la poterie.
Elle mettra
peut-être
des boucles
à ses oreilles,
des bracelets
à ses poignets.
Les archéologues retrouveront
en tout cas
chez elle
ce genre d’objets.
Pour l’instant,
la femme s’assied
sur le petit rebord
à l’avant de sa maison.
Elle s’assied
les jambes ballantes,
les pieds suspendus juste au-dessus de…
de l’eau?
Non.
Ça, c’est ce qu’on croyait autrefois.
Entre l’époque
– autour de 1850 –
où les archéologues commencent à découvrir
des pilotis
sous l’eau des lacs suisses
et les années 1950
où on réalise que
en fait
le niveau des lacs avait pas mal bougé
au fil des millénaires
et que ce qui aujourd’hui est immergé
était autrefois au sec sur le rivage,
entre ces deux époques,
donc,
pendant un siècle,
une image
fantasmatique,
un rêve,
un mythe
s’installe
dans les esprits:
celui des cités lacustres
construites sur pilotis,
quelque peu au large des berges,
entourées d’eau,
dans lesquelles
l’un des premiers peuples
qui habite notre pays
pêche,
navigue,
vit
en symbiose avec l’eau.
Cette image,
inspirée,
en fait,
des villages sur palafittes
que les colonisateurs voyaient alors
en Océanie,
devient
curieusement
l’un des mythes fondateurs,
l’un des fondements identitaires
imaginaires
du peuple suisse.
Un peuple à qui,
une préhistoire passée ainsi
dans des cités lacustres
les pieds dans l’eau
a forcément laissé
une irréductible singularité.
Sauf que non,
justement.
Avant d’être engloutis,
ces villages étaient au sec.
Pas lacustres,
donc,
mais littoraux,
avec des planchers surélevés
pour être à l’abri des remontées saisonnières de l’eau.
De ce peuple
et de cette femme
on ne sait
au demeurant
quasiment rien,
si ce n’est,
au vu des traces laissées,
que leur culture était
plus méditerranéenne
que Suisse allemande,
si l’on ose dire,
et que leur village
a été habité pendant deux siècles,
aux environs de l’an 1000
avant JC,
c’est-à-dire,
en gros,
2’500 ans avant le premier Plonjon,
avec un J.
Avant l’histoire
que nous voulons vous raconter,
mais après le peuple littoral
et son village préhistorique,
un type arrive,
en effet,
en 1565,
il s’appelle Plonjon,
il se prénomme Aymé,
c’est le premier propriétaire connu
du terrain sur lequel
vous déambulez
en écoutant ces mots.
Les Plonjon ne durent pas.
La famille s’éteint,
comme cela arrive parfois,
deux siècles plus tard,
mais son nom reste accroché à ces lieux.
Aujourd’hui encore,
le chemin de Plonjon,
avec un J,
longe ce parc
sur son côté nord-est.
Le domaine Plonjon passe ensuite de main en main,
appartenant
– vous excuserez le name dropping –
à des
Tournos,
Tremblay,
Bouer,
Horneca,
Archer,
Senn,
Grévedon-Bousquet,
Favre,
puis,
en 1897,
à la Société de l’industrie des hôtels,
présidée par le dénommé
Henri Galopin,
qui rebaptise officiellement le domaine Plonjon
«parc des Eaux-Vives»
et qui le transforme en un lieu où –
nous citons
«les étrangers et la population genevoise pourront trouver
en plein air
et au milieu d'une splendide nature
de saines distractions».
Ce qui soulève
tout naturellement
cette question:
Qu’est-ce qu’une
«distraction saine»
dans la Genève de 1897?
Des réponses,
assez étonnantes,
vous seront soufflées
quelques arbres plus loin.
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